6 juin 2024

Gagner en autonomie sur le plan local : entretien avec Ira Amin sur le principe du « Locally Led Development »

Sur les perspectives d'une coopération au développement durable lorsque les acteurs locaux donnent le ton.

Un développement initié et soutenu sur le plan local : Vivamos considère le principe du « Locally Led Development » comme un axe prioritaire. Ira Amin, Responsable du département Programmes, s’exprime sur les perspectives d’une coopération durable en matière de développement, lorsque les acteurs locaux donnent le ton.

Ira, que signifie « Locally Led Development » ?

Ira Amin : Il s’agit de placer les acteurs locaux au centre de la coopération internationale (CI) et de remettre les projets entre leurs mains. Les communautés locales connaissent au mieux leurs besoins et les organisations partenaires compétentes, ancrées localement, disposent du savoir-faire technique et d’une profonde compréhension du contexte. Notre rôle est celui de passerelle, médiatrice ou « amie critique ». Nous connaissons les priorités thématiques des bailleurs de fonds, suivons les débats sur la scène internationale et fournissons aux partenaires un feedback ou leur offrons la possibilité de s’impliquer.

De quelle manière Vivamos met-elle en oeuvre le principe de localisation ?

Nous travaillons exclusivement avec des organisations locales de la société civile, d’égal à égal. Nous les animons à développer les échanges en réseau, soutenons les échanges de savoirs de l’axe Sud-Sud, comme dans le cadre du séminaire régional d’Amérique centrale. Nous misons si possible sur un financement flexible, afin que les partenaires puissent utiliser les fonds plus librement, en fonction de leurs priorités, pour atteindre les objectifs. Nous réfléchissons, au sein de l’Alliance Sufosec, à d’autres formes innovantes de partenariats

Par quels moyens les bailleurs peuvent-ils contribuer à une plus grande autonomisation des acteurs locaux ?

Les bailleurs jouent un rôle essentiel dans la CI. Il est important de les sensibiliser à la réalité locale, car la marge de manoeuvre des acteurs de la CI dépend des règles du jeu dictées par les principaux bailleurs de fonds. Ainsi, nous nous engageons pour une forme de financement plus flexible, comme les financements de programmes libres. Ceci permet aux organisations locales de fidéliser le personnel compétent et d’assurer ses compétences même en cas de fluctuation dans le volume du projet, d’être réactives face aux nouveaux défis et de se développer. Un cadre de financement trop rigide ne le permet pas forcément. Une coopération internationale durable signifie se libérer du financement de projet direct et de soutenir des organisations locales solides, pour qu’elles soient en mesure de jouer au mieux leur rôle de gardiennes de la démocratie. Les crises actuelles montrent l’importance de conserver une société civile intacte, pour le bien-être des populations locales.

L’alliance Sufosec a mandaté une étude sur le concept de «Locally Led Development» ainsi qu’un sondage auprès de 150 organisations partenaires. Quels sont les résultats ?

Le but était de faire la synthèse des discussions menées jusqu'à présent sur le « Locally Led Development », des expériences positives et des questions en suspens. Le sondage révèle que nos partenaires décernent une note globalement positive pour la coopération, mais qu’il existe encore un potentiel d’amélioration. Au vu de ces résultats, l’alliance a défini des objectifs concrets pour les programmes de la période 2025–2028. L’étude est disponible sur le site sufosec.ch.

Quelle est la raison de ce regain d’intérêt pour ce thème ?

La pandémie de COVID-19 a mis en exergue la nécessité de disposer d’une expertise locale et de structures locales fiables. De plus, le mouvement #blacklivesmatter a suscité une prise de conscience mondiale aiguë des structures postcoloniales de la société. Il s’agit d’en venir à bout.

En savoir plus

Cet entretien a été publié dans le rapport annuel 2023: